Chronique n° 127 du 24 février 2026

Copyright : Stéphanie Houtart

Hommage à Edouard Houtart, père du Parc Tenbosch

C’est avec beaucoup de tristesse que je viens d’apprendre le décès, à l’âge de 97 ans, d’Édouard Houtart. C’est peu dire que cet homme exceptionnel a marqué celles et ceux qui ont eu la chance de le côtoyer. Par sa bienveillance et par son engagement, il fut une source d’inspiration pour beaucoup d’entre nous. Impossible de faire ici l’inventaire de toutes les réalisations à son actif. Mais s’il fallait n’en retenir qu’une, je citerais sans hésitation le Parc Tenbosch. Comme vous le savez, la survie de cet écrin unique pour la faune et la flore à Bruxelles a tenu presque du miracle. Sans la détermination d’Édouard Houtart et de son comité de quartier, cet espace vert, anciennement propriété Semet-Solvay, aurait été transformé en une barre d’immeubles, Bruxellisation oblige…

Dans les années 1970, face aux développements inquiétants de Bruxelles, les habitants du Quartier Tenbosch avaient décidé de se mobiliser. A l’initiative d’Edouard Houtart, ils avaient créé en 1972 leur comité de quartier. A l’époque, ils pensaient déjà pérenniser le jardin de Jean-Louis Semet auquel ils étaient très attachés (sans pour autant pouvoir y accéder). C’est ainsi qu’ils lancèrent plusieurs pétitions pour demander que cette parcelle fut considérée comme espace vert et non comme terrain à bâtir. L’objectif suprême était de pouvoir ultérieurement transformer ce jardin privé en parc public…

En août 1980, Jean-Louis Semet décida de mettre en vente sa maison de la Chaussée de Vleurgat et une partie de son terrain (de plus ou moins un hectare) à l’Ambassade de l’Inde, le restant du jardin devant être affecté à la construction d’immeubles selon les plans de l’Administration de l’Urbanisme. C’est ainsi qu’un promoteur trouva un accord avec Jean-Louis Semet en vue d’y construire 187 appartements de grand luxe (et leurs places de parking). Cette perspective était évidemment imbuvable pour le Comité de quartier Tenbosch qui se lança immédiatement dans son combat majeur…

La lutte urbaine atteignit son paroxysme le 21 mai 1981 lorsque le Conseil Communal d’Ixelles autorisa les autorités administratives à notifier au promoteur le permis de bâtir malgré la vive opposition des riverains (qui avaient envahi la salle). Malgré cela, Edouard Houtart parvint à convaincre le Collège que la Région bruxelloise pouvait être intéressée à acheter le terrain. A la suite de ce Conseil (qui resta longtemps dans les mémoires ixelloises), le conseiller PSC Houtart reçut donc mandat du Bourgmestre PRL Albert Demuyter de négocier en 8 jours le rachat de l’espace par la Région bruxelloise. Heureusement, Jean-Louis Semet avait dit qu’il était prêt à vendre son terrain à la Région pour autant qu’elle y mettait le même prix que le promoteur. Encore fallait-il convaincre Cécile Goor-Eyben et son gouvernement d’accepter au plus vite ce montant. A l’impossible, Edouard Houtart n’était tenu. Avec le soutien inconditionnel de tous les riverains, il réussit cette gageure de « faire avaler la pilule » par l’exécutif régional. Bref, grâce à l’action déterminée du comité de quartier animé par Edouard Houtart et grâce à l’implication efficace de la Région bruxelloise représentée par Cécile Goor-Eyben, le parc put échapper in extremis à la « bruxellisation » …

Cécile Goor-Eyben chargea alors René Pechère d’aménager le Parc Tenbosch pour autant que le comité fut d’accord. Ce fut le cas. Le grand architecte-paysagiste mit donc en œuvre les plans du parc tels qu’ils avaient été conçus par Konstantin Stefanovic, peintre et architecte. A partir de là, Edouard Houtart suggéra d’appeler le parc (entièrement géré par le comité de quartier) « Parc Tenbosch ». Celui-ci fut finalement inauguré en grande pompe le 22 juin 1985 par Cécile Goor-Eyben, qui reçut à cette occasion une statue de la sculptrice Hélène Delvaux de Fenffe (épouse d’Edouard Houtart). C’est en 1992 que l’asbl « Comité de quartier Tenbosch » fut dissoute. Aujourd’hui, plus de 3 décennies plus tard, le Baron Houtart est décédé. Mais son esprit demeure dans ce « parc où les gens se disent bonjour » …

Paul Grosjean

Chroniqueur historique

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