Chronique n° 139 du 24 août 2026

André Castelot et Alain Decaux furent les prédécesseurs du maître actuel de la vulgarisation historique, Stéphane Bern bien sûr (copyright : Shutterstock 533663983).

Du bon usage de la communication historique

Le vendredi 21 août 2026, au Palais des Académies, j’ai été amené à prendre la parole dans le cadre du 12e Congrès de l’Association des Cercles Francophones d’Histoire et d’Archéologie de Belgique. Comment populariser le patrimoine historique ? Tel fut le thème de ma conférence. Permettez-moi de vous livrer ici le contenu de cette causerie…

Si on veut captiver les gens en parlant d’Histoire, quelle est la démarche à suivre, qu’il s’agisse de visites guidées ou de conférences thématiques ? Et la même interrogation vaut pour les articles, les podcasts, les vidéos, les émissions radio, les émissions télé et toutes les autres formes de communication. En ce qui concerne les guides et les conférenciers, selon moi, ils ont parfois tendance à s’adresser au public comme s’ils communiquaient avec des étudiants en histoire ou en architecture. Pour moi, leurs propos sont trop techniques. En d’autres termes, en tant que chroniqueur historique, j’ai l’intime conviction que le défi est de proposer un véritable récit humain au visiteur, au spectateur, au téléspectateur, à l’auditeur, à l’internaute, tout cela dans le strict respect de la vérité historique. Car derrière tout patrimoine matériel, il y a le patrimoine immatériel…

Mais quelle est alors la définition du récit historique ? Selon l’IA, c’est une narration qui s’appuie sur des faits réels du passé, organisée dans le temps et dans l’espace, impliquant différents acteurs, personnages, groupes, afin de donner du sens à un événement, à un lieu ou à une période. Autrement dit, la clef est de respecter les règles narratives (chronologie, causalité, cohérence… ). Il faut une situation initiale, un déroulement avec des éléments perturbateurs et une situation finale. Le récit historique doit donc se distinguer, non seulement par sa recherche documentaire, par sa rigueur temporelle et géographique, mais aussi par son usage des verbes d’action, par son souci de réalisme.

D’Alexandre Dumas à Stéphane Bern

Avant tout projet, la question fondamentale, que tout auteur doit se poser, est dès lors la suivante : Quel est le récit ? Etre l’auteur d’un récit historique, c’est, dans le strict respect des aspects factuels, identifier la ligne narrative, avec les personnages principaux et les personnages secondaires, ainsi que les différentes péripéties, majeures ou secondaires, qui vont parsemer la narration. D’où la nécessité d’établir un véritable synopsis (tel le scénario d’un film).

C’est ici qu’il importe de bien faire la distinction entre le roman historique, qui est une œuvre fictionnelle dans un contexte réel et le récit historique, qui doit s’inscrire uniquement dans la réalité (comme toute démarche informative). Bref, ne confondons pas Alexandre Dumas et Pierre Lemaitre avec Alain Decaux et Stéphane Bern. Pourtant, il y a forcément des similitudes entre le roman historique et le récit historique. Celles-ci se situent au niveau de la forme. En effet, j’ai la faiblesse de croire qu’en matière de vulgarisation historique, rien n’est plus moderne que le feuilleton. Certains, en référence à la littérature scandinave, utiliseront même le terme de saga.

En vérité, nos séries actuelles ne font qu’utiliser les procédés inventés par les romanciers du XIXème siècle. La grande différence entre le XIXème siècle et le XXIème siècle tient évidemment aux supports qui se sont multipliés : outre les livres qui sont une valeur intangible, il y a maintenant les films, la presse, les radios, les télévisions, les réseaux, les podcasts, les vidéos, etc. Il s’agit de faire ce qu’on appelle aujourd’hui le développement de contenus.

Tout est parti d’André Castelot et d’Alain Decaux

En conclusion, concernant le récit bruxellois, il me parait essentiel de partir d’un lieu patrimonial. Comme Stéphane Bern, je crois beaucoup à la Géographie de l’Histoire. A cela, il faut ajouter un zeste de fantaisie. Hélas, nous n’avons pas cette capacité des Français à faire rêver. C’est très dommage. Essayons de casser ce complexe typiquement belge, notamment sur Bruxelles. Osons dire que notre capitale a joué un rôle majeur dans le monde, non seulement du temps de Charles Quint, mais aussi aux débuts de la Belgique. Pendant plus d’un siècle, à partir du règne de Léopold Ier jusqu’à l’Expo 58, notre cité s’affirma de plus en plus sur de multiples plans, que ce soit en architecture, en culture, en gastronomie, en science, en industrie, en économie… Ensuite, l’Europe mit Bruxelles au cœur de l’échiquier planétaire. Il ne faut pas avoir peur de le dire et d’en être fier. En tout cas, c’est ce que j’essaie de faire, dans la perspective du bicentenaire du Royaume de Belgique, au travers de ma plateforme Trésors de Bruxelles. Mon fil conducteur est de mettre en avant, quel que soit le domaine et quelle que soit l’époque, l’implication de la Famille Royale…

Pour terminer, j’aimerais faire allusion aux Français qui, au même titre que les Anglais, font partie des champions de la vulgarisation historique. Permettez-moi d’évoquer deux journalistes qui ont été, en France, les fondateurs du récit historique moderne, tel qu’il s’est développé, à partir de la seconde moitié du XXème siècle, dans les nouveaux médias de l’époque, à savoir la radio et la télévision. Je voudrais précisément rendre hommage à André Castelot et à Alain Decaux. Ce sont eux qui animèrent sur France Inter, entre 1951 et 1997, l’émission La Tribune de l’Histoire et sur l’ORTF, entre 1957 et 1966, l’émission La Caméra explore le Temps. Si je vous parle de ces deux maîtres de la vulgarisation historique, c’est parce qu’ils ont un lien avec notre pays. Le plus connu, Alain Decaux, qui était né à Lille le 23 juillet 1925, connaissait très bien la Belgique. Mais le plus étonnant est que son mentor, André Castelot, était tout simplement belge. De son vrai nom, André Storms, il était né le 23 janvier 1911 à Anvers. Il fit son service militaire en Belgique en 1933 et en 1934, c’est-à-dire au moment de la disparition du Roi Albert Ier. Et ce n’est qu’en 1962, à 51 ans, quand le Général de Gaulle était au pouvoir, qu’il demanda la nationalité française. Bref, inspirons-nous d’Alain Decaux et d’André Castelot pour raconter aux Belges l’Histoire de la Belgique. Un peu de chauvinisme ne fera de tort à personne…