Chronique n° 125 du 9 février 2026

Sans la famille Wittamer, le superbe Hôtel Solvay, chef d’œuvre résidentiel de Victor Horta, ne serait plus de ce monde… (copyright : Cabinet Ans Persoons, Secrétaire d'Etat à la Région de Bruxelles-Capitale, chargée de l'Urbanisme et du Patrimoine).

Pas de patrimoine bruxellois sans l’engagement des propriétaires privés

Pour ma 125ème chronique, je ne peux résister à l’envie de vous parler de la table ronde que les lecteurs de La Libre Belgique ont eu la chance de découvrir dans l’édition de ce samedi. Dans le cadre du lancement de la « saison 2 » de sa grande série sur les Plus Belles Demeures et les Plus Beaux Parcs de Bruxelles, l’ESSENTIELE IMMO a mis autour de la table 7 acteurs privés et professionnels du patrimoine bruxellois, dont 3 propriétaires de biens d’exception (réunis pour la première fois). Très intéressant d’écouter ce trio de choc qui est d’abord animé par la passion…

Pour lancer le débat, il fallait donner la parole à un « fou de patrimoine ». Michel Gilbert appartient incontestablement à cette catégorie. On peut même dire qu’il est dingue de Victor Horta. N’est-il pas l’heureux propriétaire de trois « maisons Horta ». Outre l’Hôtel Max Hallet (1905), il possède l’Hôtel Winssinger situé à Saint-Gilles (1897) et la Villa Carpentier sise à Renaix (1904). Enfin, et cela le différencie des autres « proprios », il habite, avec toute sa famille, dans un de ses biens d’exception. Dans ce contexte, inutile de vous dire que sa motivation principale, lorsqu’il acquiert un immeuble classé, n’est pas l’appât du gain. C’est tout le paradoxe de Michel Gilbert : alors qu’il est un grand professionnel de l’immobilier, il est d’abord guidé par ses émotions…

A la différence de Michel Gilbert, notre deuxième propriétaire, Thierry de Molinari, ne possède « que » deux biens classés : le merveilleux Hôtel Riez près de la Gare Maritime (créé par Jean-Baptiste Dewin en 1928) et la resplendissante Maison Cauchie à proximité du Cinquantenaire (conçue par Paul Cauchie en 1904). Comme son prédécesseur, il considère que le patrimoine ne peut être comparé qu’à l’art. Il ne souhaite pas pour autant être pris pour un naïf. Il connait évidemment les contraintes. Elles peuvent être administratives. D’où l’intérêt d’instaurer un dialogue avec le plus haut niveau du secteur public. Par exemple, il est important de pouvoir échanger sur la question énergétique…

Le profil de notre troisième propriétaire est très différent puisqu’il ne détient qu’un seul bien mais quel bien : l’Hôtel Solvay, pépite de l’Avenue Louise, qui a été classé en 1977. En réalité, Alexandre Wittamer n’est pas dans la catégorie « acheteur » comme ses deux homologues. Il est dans celle des « héritiers ». Ce sont, en effet, ses grands-parents, Louis et Berthe Wittamer, qui ont acquis cette demeure en 1958. En tant que représentant de la « 3ème génération », il gère cette habitation d’exception (qui est devenue une institution muséale en 2021). « Mon sentiment général est plutôt positif, confie-t-il à La Libre. J’ai pu constater, de la part des pouvoirs publics, de plus en plus d’attention pour la place de l’Art Nouveau à Bruxelles. Son impact sur le tourisme bruxellois est incontestable. Par ailleurs, en matière de restauration, l’attitude d’Urban.Brussels, constitue, selon moi, un autre atout majeur. Leur soutien, tant sur le plan des compétences techniques que sur celui de la collecte des données historiques, est déterminant pour la préservation des immeubles classés ». Voilà un message encourageant par les temps qui courent…

Paul Grosjean

Chroniqueur historique

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