Chronique n° 130 du 20 mars 2026

La villa est construite en net retrait par rapport à l’Avenue Errera. A gauche, il y a l’habitation du chauffeur qui est beaucoup plus « moderniste » que la maison principale. (copyright Sophie Voituron)

À la découverte de la Maison Van Keirsbilck avec le Banad

Comme vous le savez, ce samedi 21 mars, débute le week-end n° 2 du BANAD FESTIVAL 2026 (www.banad.brussels). C’est l’occasion revoir ces incomparables demeures que sont notamment l’Hôtel Solvay, l’Hôtel Max Hallet, l’Hôtel Tassel, la Maison Hannon ainsi que le Musée et Jardins van Buuren. C’est aussi l’opportunité de visiter des lieux moins connus à l’instar de ce merveilleux Hôtel Wielemans (dont je vous ai parlé la semaine passée). Enfin, comme chaque année, il y a des nouveautés à découvrir dans le cadre du festival. A ce propos, je ne peux que vous encourager à pénétrer la Maison Van Keirsbilck, prestigieuse résidence uccloise de style Art Déco, pour la première fois ouverte au public. Félicitons les propriétaires de ce geste d’ouverture…

A proximité du Musée van Buuren et de la Maison Bedoret, dans ce coin d’Uccle autour du Royal Léopold Club, il y a la Maison Van Keirsbilck. Comme l’écrit Cécile Dubois dans son superbe opus L’Art Déco à Bruxelles (Editions Racine), cette villa monumentale a été construite par Adrien Blomme (1878-1940) pour René Van Keirsbilck (1893-1948) et son épouse Esther Jabot (1886-1952). René est Docteur en Droit, avocat à la Cour d’Appel, administrateur de sociétés. La villa, dont les plans datent de 1928, est achevée en 1930, soit plus ou moins à la même époque que la demeure voisine de David et Alice van Buuren. Elle se situe en retrait très net par rapport à la voirie. Le parterre le plus proche de la maison est animé par un bassin alimenté par le jet d’eau d’une fontaine. Cette fontaine est un bas-relief du célèbre sculpteur Ossip Zadkine (1888-1967). L’édifice est surmonté d’une grande toiture qui lui confère une allure quelque peu traditionnelle. Au cœur de la maison, se trouve le hall qui est traité en patio et qui déploie une galerie à l’étage. Cette configuration, qui est assez fréquente dans les réalisations de Blomme, n’est pas sans rappeler celle de l’Hôtel Wielemans (évoqué la semaine dernière). A partir de cette agora se distribuent les espaces de vie, qu’il s’agisse de réception au rez-de-chaussée et d’intimité à l’étage. Cette maison, malgré sa grande toiture, a un côté beaucoup plus moderne qu’il n’y paraît de prime abord.

Et Cécile Dubois de raconter que dans la nuit du 4 au 5 octobre 1935 se produisit un cambriolage qui fut relaté dans de nombreux journaux de l’époque avec moult détails. Le préjudice fut important. Certains journalistes évoquaient des bijoux pour un montant d’un million de francs belges. Le cambrioleur ne fut pas retrouvé. Après le décès de René Van Keirsbilck en 1948, la maison fut habitée par un industriel. Elle fut ensuite occupée par un célèbre galeriste et collectionneur d’art, qui apporta certaines modifications, notamment à l’étage. Les propriétaires actuels entreprirent par après de grands travaux.

Leur demeure urbaine, avec ses 4 façades, comme c’est le cas pour une maison de campagne, a fière allure. La distribution des pièces a été bien pensée, accentuant la luminosité de l’immeuble. Elle est parfaitement adaptée aux exigences de la vie contemporaine. La Maison Van Keirsbilck est la parfaite incarnation des services et agréments d’une prestigieuse résidence bourgeoise des années 30’. Malgré quelques interventions postérieures à l’inauguration, le jardin est resté fidèle à sa conception de base. Terrasses, pergolas, pelouses sont en résonance avec les lignes épurées de la maison. Ce joyau préservé de l’entre-deux-guerres constitue une véritable oasis de paix pour ses heureux propriétaires…

Paul Grosjean

Chroniqueur historique

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