Chronique n° 129 du 13 mars 2026

Façade arrière de l’Hôtel Wielemans (copyright Sophie Voituron)

A la découverte de l’Hôtel Wielemans avec le Banad

Incontournable rendez-vous pour tous les amateurs d’Art Nouveau, d’Art Déco, mais aussi de modernisme, à Bruxelles, le BANAD FESTIVAL est organisé, tous les ans, pendant trois week-ends, par la dynamique équipe d’Explore Brussels, en partenariat avec l’ARAU, Arkadia, Bruxelles Bavard et Pro Velo. Cette année, cette manifestation (ouverte à tous les publics) débute ce samedi 14 mars et se clôturera le dimanche 29 mars. Impossible évidemment de vous présenter ici tous les éléments de ce très riche programme d’espaces à découvrir. Pour ce faire, je ne peux que vous encourager à consulter le site www.banad.brussels (où vous pourrez vous inscrire aux visites guidées). Parmi ces lieux d’exception, j’aimerais néanmoins mettre en épingle le magnifique Hôtel Wielemans, créé par l’architecte Adrien Blomme pour Léon Wielemans au numéro 14 de la Rue Defacqz en 1926, il y a très exactement cent ans…

Qui pense au patrimoine légué à la Région de Bruxelles-Capitale par la famille Wielemans, pense immanquablement à l’Hôtel Métropole à la Place de Brouckère, au Cinéma Métropole à la Rue Neuve et à la brasserie Wielemans-Ceuppens à Forest. Mais, derrière ces trois chefs d’œuvre de l’architecture bruxelloise, il est un quatrième trésor, lié à cette famille, qu’il ne faut pas oublier : il s’agit de l’Hôtel Wielemans, conçu à la demande de Léon Wielemans (1889-1972) par Adrien Blomme (1878-1940).

En réalité, la saga des brasseurs Wielemans commença avec les grands-parents de Léon, Lambert Wielemans (1817-1863) et Ida Ceuppens (1817-1883). C’est Ida, à la suite du décès de son époux, qui développa les affaires familiales. Elle fit de la société Wielemans-Ceuppens (installée à Forest) la première brasserie de Bruxelles d’abord, de Belgique ensuite. C’est la même entreprise brassicole qui ouvrit en 1895 l’Hôtel Métropole, sans doute le plus célèbre palace de l’histoire hôtelière de Bruxelles. Petit-fils de Lambert et fils de Prosper, Léon épousa Yvonne Hennet (1893-1980). Au départ, le jeune couple habitait, avec ses deux enfants, Claude et Eric, dans une grande maison enclavée dans l’usine familiale. Comme l’écrit Cécile Dubois dans son bel opus sur l’Art Déco à Bruxelles, le couple avait une vie trépidante au niveau culturel, se rendant régulièrement à l’opéra, au théâtre, au concert, fréquentant les plus grands dîners.

En 1925, Léon et Yvonne songeaient à s’établir dans un quartier élégant de Bruxelles, à proximité de l’Avenue Louise, en adéquation avec leurs activités mondaines. Léon souhaitait offrir à sa femme un petit palais inspiré par l’Espagne qu’ils affectionnaient tous les deux. Il pensa évidemment à son ami Adrien Blomme pour concrétiser son rêve. C’est ainsi que les époux Wielemans et les époux Blomme partirent à quatre en Andalousie. Malaga, Cordoue, Séville et Grenade furent au programme du voyage d’étude. Malgré un chantier difficile, la maison Art Déco, d’inspiration hispano-mauresque, avec ce fameux patio central, put être inaugurée en 1926. Un an plus tard, le bâtiment fut agrémenté de décors en céramiques, dont de nombreux azulejos. Précisons que par après, en 1930, Adrien Blomme conçut, pour Léon Wielemans, à Forest, la plus grande salle de brassage de Belgique et qu’en 1932, il réalisa, toujours pour Léon, le Cinéma Métropole (pouvant accueillir trois mille personnes).

Après le décès de son époux en 1972, Yvonne Wielemans-Hennet occupa les lieux jusqu’en 1978. Ensuite, l’immeuble fut donné en location aux Archives d’Architecture Moderne (AAM), association engagée dans la sauvegarde du patrimoine. Le 20 novembre 1993, l’ASBL fut victime d’un vol entraînant la perte de nombreux documents. En 1996, l’édifice fut acheté par la compagnie Generali, propriétaire de la tour voisine, qui fit appel notamment à Edificio pour exploiter l’espace à des fins culturelles et événementielles. En décembre 2019, la tour et la maison furent acquis par Patrizia, un fonds d’investissement allemand. En 2020, Carmen Azevedo procéda à la rénovation de l’hôtel particulier (classé depuis le 22 septembre 1994). Le jardin et la façade arrière firent également l’objet d’une restauration à l’identique. Bref, je vous conseille vivement de vous rendre à la Rue Defacqz afin de déguster cette merveille de l’Art Déco bruxellois qui mélange les styles et les couleurs sous l’abondante lumière créée par la verrière. Que du bonheur !

Paul Grosjean

Chroniqueur historique

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