Jacques Dupuis, grand maître de l’architecture bruxelloise
Le Fonds Mercator est à l’origine de nombreux livres d’architecture présentant des réalisations ayant marqué le paysage urbain de Bruxelles depuis la fin de la Première Guerre mondiale. C’est ainsi que sous la direction de Maurizio Cohen, le dernier ouvrage de cette prestigieuse maison belge d’édition, en l’occurrence « Jacques Dupuis à Bruxelles », développe une analyse approfondie des œuvres bruxelloises de cet architecte à travers différentes contributions, dont celles d’Anne Van Loo, de Victor Brunfaut, de Jan Thomaes, de Jacinthe Gigou et de Daniel Couvreur. Les photographies émanent de Nicolas Schimp et de Marie-Françoise Plissart. A découvrir au plus vite…
Selon Maurizio Cohen, la vie de Jacques Dupuis (1914-1984) est marquée par Bruxelles. Ville de ses études, de ses débuts professionnels et de ses rencontres marquantes, elle lui a permis de s’épanouir progressivement. Tout commença pour lui dans la capitale en 1934 lorsqu’il s’inscrivit à l’Institut Supérieur des Arts Décoratifs de La Cambre. Cette école était alors dirigée par Henry Van de Velde (1863-1957), figure reconnue dans l’univers de l’architecture belge et internationale. A La Cambre, Dupuis étudia avec des personnalités éminentes du courant moderne belge, telles que Jean-Jules Eggericx (1884-1963) et Victor Bourgeois (1897-1962). Il se lia également d’amitié avec le Namurois Roger Bastin (1913-1986). Mais au-delà du cadre académique, il se forma lui-même en explorant les architectures du monde entier et toutes les cultures correspondantes. Passionné par les arts, ce créateur en-dehors des normes devint aussi un fin connaisseur du monde des galeries.
C’est pendant la Seconde Guerre mondiale que Jacques Dupuis rencontra Janine Lambotte (qui allait devenir une des premières stars de la télévision belge). Et c’est en 1945 qu’ils se marièrent. Deux enfants, Emmanuelle et Dominique, sont issus de cette union (qui allait se terminer quelques années plus tard). Au milieu des années 1970, notre architecte quitta Bruxelles pour Mons où il s’installa avec sa seconde épouse, Madeleine Sabau. Ensuite, sa carrière s’estompa petit à petit jusqu’à son décès en 1984. Sans qu’il ait jamais cherché à réécrire l’histoire de sa vie pour la postérité…
Heureusement, depuis de la fin des années 1990, Jacques Dupuis fait l’objet d’un regain d’intérêt grâce à diverses publications nationales et internationales, à des documentaires ainsi qu’à des expositions. Ce travail mémoriel est dû à l’initiative d’un groupe de personnalités comme Maurizio Cohen, Emmanuelle Dupuis, Marie-Françoise Plissart et Julie Brunel. Aujourd’hui, six de ses réalisations sont classées en Région de Bruxelles-Capitale, dont la fameuse Maison Bedoret à Uccle (à proximité du Royal Léopold Club et du Musée van Buuren). Cette superbe demeure (construite entre 1956 et 1958 à la demande de Pierre et Andrée Bedoret) est réellement la parfaite synthèse de l’œuvre architecturale de Jacques Dupuis. Ce n’est pas par hasard si le séjour de cette résidence constitue la couverture de l’ouvrage coordonné par Maurizio Cohen. En tout cas, la maison et le jardin ont été classés en 2011. Depuis lors, cette habitation uccloise a conservé son caractère avant-gardiste grâce à l’entretien méticuleux du fils de Pierre et d’Andrée Bedoret. N’hésitez donc pas à découvrir ce récit passionnant dans le magnifique opus du Fonds Mercator…
Paul Grosjean
Chroniqueur historique
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