Chaque année, la Belgique se resserre autour… des Serres Royales !
Récemment, Eric Domb s’est gargarisé d’avoir ouvert à Pairi Daiza la plus grande serre tropicale du monde. Sans parler de crime de lèse-majesté, je trouve que le génial inventeur du célèbre parc animalier aurait pu, en tant que citoyen belge, faire allusion aux Serres Royales (même si à Laeken, il s’agit de plantes alors que Brugelette met à l’honneur les animaux). En tout cas, chaque année, nos compatriotes se précipitent pour visiter ces fameuses Serres Royales de Laeken. Cette fois-ci, comme l’a joliment signalé Xavier Vanbuggenhout sur l’antenne de La Première, le Palais Royal a fait une « Céline Dion » c’est-à-dire que les 136.000 places disponibles furent réservées en quelques heures. Depuis ce vendredi 17 avril et jusqu’au dimanche 10 mai 2026, des milliers de gens ont convergé et vont converger vers le Domaine Royal de Laeken. C’est l’occasion pour moi de vous rappeler (brièvement) l’histoire fabuleuse de ces Serres Royales de Laeken…
A l’époque de leur construction, de 1874 à 1905, les Serres Royales de Laeken étaient exceptionnelles, non seulement par leur envergure et leur architecture de fer et de verre, mais aussi par l’incroyable collection de plantes qu’elles hébergeaient. Dans son livre La Belgique des Jardins, Donatienne de Séjournet parle d’une enfilade de pavillons, de galeries et d’escaliers qui offrent une ascension féérique, menant du débarcadère à l’orangerie du château. En fait, ce projet s’inscrivait dans le cadre des travaux de transformation du Château de Laeken initiés par Léopold II. Et le plus extraordinaire était que ces Serres Royales étaient réellement conçues pour prolonger les fonctions du bâtiment principal, notamment pour accueillir les hôtes de marque et les personnalités étrangères. Chaque pavillon pouvait être aménagé en salle à manger, en salle de fête ou en salle de spectacle.
Le Roi Léopold II confia la réalisation du projet à son architecte Alphonse Balat (1818-1895). Il sollicita également les conseils du célèbre botaniste Jean Linden (1817-1898). C’est Charles Girault (1851-1932) qui acheva les travaux en 1905. Les serres rassemblaient alors un patrimoine botanique d’un caractère unique, comprenant des milliers d’arbres, arbustes, fleurs et plantes. En fait, Léopold II était tellement amoureux de ses serres qu’il y vécut les dernières années de sa vie. Il décéda le 17 décembre 1909 dans le Pavillon des Palmiers. A ce moment-là, les Serres Royales de Laeken constituaient l’installation privée de jardins couverts la plus spectaculaire du monde…
Au total, le complexe est composé de 36 pavillons de verre et de fer, répartis en 3 zones, couvrant une superficie de 1,5 hectare avec 3 hectares de toitures de verre sur une longueur ininterrompue de 700 mètres. Une quinzaine de jardiniers gèrent aujourd’hui ce « joyau du patrimoine architectural, botanique et historique de la Belgique ». En janvier 2025, la Régie des Bâtiments a attribué le marché public pour la rénovation de la serre « Jardin d’Hiver » aux cabinets MA2 et Chatillon Architectes. Cette association momentanée remet au goût du jour les grandes heures de l’entente franco-belge dans le domaine architectural. Il y avait Alphonse Balat et Charles Girault. Il y a maintenant Francis Metzger et François Chatillon, deux maîtres européens de la restauration du patrimoine. Signalons qu’à cause des travaux de rénovation, le Jardin d’Hiver ne peut être admiré que de l’extérieur cette année. Pour combler cette perte momentanée, le Palais Royal propose aux visiteurs de découvrir la Grande Galerie d’Honneur du Château de Laeken (incluse, pour la première fois, dans le parcours). Si vous faites partie des 136.000 privilégiés qui se sont inscrits, vous n’oublierez jamais cette promenade magique…
Paul Grosjean
Chroniqueur historique
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