Chronique n° 121 du 5 janvier 2026

L’Eglise Notre-Dame du Sablon accueille plus de 500.000 visiteurs chaque année… (copyright : Shutterstock 484760809).

C’était au temps où le Sablon réunissait les plus grandes familles belges…

Parmi les grands projets de rénovation urbaine qui seront lancés par la Ville de Bruxelles en 2026, il y aura, au premier rang, le réaménagement du Sablon. A l’initiative de l’Echevine de l’Urbanisme, Anaïs Maes (Vooruit), s’est mis en place un processus participatif qui doit rassembler tous les acteurs concernés, que ce soit les habitants, les visiteurs, les commerçants, les galeristes, les associations. Parmi celles-ci, l’asbl Quartier des Arts  est montée au créneau en publiant les résultats de son étude réalisée auprès de 602 usagers du quartier. Pour ceux-ci, la première priorité doit être la préservation du patrimoine (89%). Cette donnée importante me fournit l’occasion de rappeler les racines historiques du Sablon qui impliquent les plus hautes lignées de notre pays…

Au-delà des personnalités qui y vécurent, le Quartier du Sablon se signala pendant des siècles par la présence des plus grandes familles belges. Dès la construction de l’église, et ce jusqu’au XVIIIème siècle, de nombreuses familles aristocratiques vinrent s’enraciner dans ce quartier prestigieux. On y trouvait la famille de Tour et Taxis, dont l’hôtel fut détruit au XIXème siècle lors du percement de la Rue de la Régence. Citons également la famille d’Egmont, dont le nom se perpétue dans le palais situé au-dessus du jardin du Petit Sablon, ainsi que les Croÿ, les Bournonville, les Merode, les Lalaing, les Beauffort ou encore les Lannoy. Toutes ces familles s’installèrent autour de la Rue aux Laines. L’anatomiste André Vésale, médecin de Charles Quint, avait son cabinet dans une belle maison de cette rue. Dans la Rue des Petits Carmes, toute proche, habitaient les d’Arenberg, les Mansfeld et les Culembourg.

Finalement, au XIXème siècle, beaucoup de ces familles aristocratiques délaissèrent le Quartier du Sablon, lui préférant le Quartier Léopold, du nom du premier Roi des Belges, qui fut érigé par le Comte Ferdinand-Philippe de Meeûs, gouverneur de la Société Générale de Belgique. Le percement de la Rue de la Régence (qui longe l’église) allait tout changer. En 1914, le Conseil Communal de la Ville de Bruxelles décida d’acquérir plusieurs maisons afin d’éviter que la spéculation immobilière n’amenât des constructions gigantesques à côté de « monuments admirables ». En réalité, il fallut plusieurs décennies pour ramener l’espace à des normes acceptables…

Jusqu’au XXème siècle, la Place du Grand Sablon était un lieu célèbre pour le jeu de balle pelote. Nos souverains assistaient aux finales, et ce jusque dans les années 1950. Une dizaine d’années plus tard, nombre d’antiquaires s’installèrent dans le quartier, lui permettant de garder le caractère huppé qui était le sien. Aujourd’hui, la paroisse du Sablon est le lieu de rendez-vous de nombreux fidèles venant de diverses communes de l’agglomération bruxelloise. Accessible 365 jours par an de manière gratuite, l’église est aussi un des monuments les plus visités de la Ville de Bruxelles (plus de 500.000 visiteurs annuels).  Et tous les samedis et dimanches, elle est bordée, du côté de la Place du Grand Sablon, d’un marché d’antiquaires sous tentes. Cette initiative, qui remonte à 1959, provenait d’un antiquaire habitant non loin qui obtint le soutien du curé de l’époque. En 2026, c’est toujours le cas. Pour le plus grand bonheur des Bruxellois, des Belges et des touristes, le Sablon devrait rester, dans les années à venir, un formidable lieu de ralliement. Pour autant que son réaménagement puisse être réalisé en bonne harmonie avec toutes les forces vives…

Paul Grosjean

Chroniqueur historique

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