Chronique n° 136 du 8 juin 2026

Ouvert par la famille Niels, le Savoy est un des fleurons de la Place Brugmann tout comme le Vieux Saint Martin est un des piliers de la Place du Grand Sablon… (crédit Bernard De Keyzer)

Quand Georges Brugmann rime avec Georges Haussmann…

Alors que le Balmoral vient de fermer ses portes après 37 années d’ambiance « milk-bar » à proximité de l’Eglise de l’Annonciation et que le Voltaire est en pleins travaux de rénovation pour pouvoir se transformer en restaurant italien dès le mois de septembre, force est de constater que la Place Brugmann et ses alentours attirent comme des mouches les agences immobilières de prestige. Il y avait notamment Engel & Völkers et Macnash, il y a maintenant Vaneau Lecobel, Emile Garcin et Junot. Sans oublier bien sûr que Kretz Real Estate va bientôt s’ouvrir, non loin du Savoy, en partenariat avec Carlton Properties. En tout cas, cette arrivée tonitruante de l’agence immortalisée par la série L’agence est assez révélatrice de l’attrait que la Place Brugmann peut exercer sur le secteur résidentiel de luxe, particulièrement sur celui venant de France. Le côté très parisien de ce quartier ixellois explique cette tendance. C’est l’occasion pour moi de vous rappeler la story de Georges Brugmann et de sa place éponyme…

Comme son nom l’indique, les origines de Georges Brugmann (1829-1900) sont germaniques. Sa famille ayant émigré en Belgique, il est né à Verviers le 18 octobre 1829. Banquier et philanthrope, il investit, entre autres, dans les chemins de fer belges, dans le développement économique et industriel du Congo ainsi que dans les tramways bruxellois. Grand mécène, il contribua au projet de la Cité Scientifique du Parc Léopold lancé par Ernest Solvay et Paul Héger. Il participa également au financement de l’expédition d’Adrien de Gerlache en Antarctique (en 1897 et 1898). Ses actions de bienfaisance en faveur de plusieurs hospices et hôpitaux, parmi lesquels l’Hôpital Brugmann, le rendirent célèbre. Il favorisa, par ailleurs, l’urbanisation du Quartier Berkendael situé entre Uccle et Ixelles, notamment des Avenues Longchamps (aujourd’hui Winston Churchill), Brugmann et Messidor. Il fut également au départ des quartiers Ma Campagne et Globe. Il décéda à Uccle le 23 novembre 1900.

Selon l’Inventaire du Patrimoine Architectural, la Place Brugmann, localisée à Ixelles, dans la prolongation de l’Avenue Louis Lepoutre, fut bâtie entre 1905 et 1962. Elle fut créée dans le cadre du « Plan général d’alignement et d’expropriation par zones du Quartier Berkendael ». On y trouve des immeubles à appartements relevant pour la plupart des styles Beaux-Arts et éclectique. Elle abrite plusieurs monuments importants dont l’Institut Berkendael édifié en 1905 en style Art Nouveau par Jean-Baptiste Dewin (1873-1948), l’Institut de la Croix-Rouge construit en 1926 en style Art Déco par le même architecte et l’Eglise Notre-Dame de l’Annonciation conçue en 1934 par l’architecte Camille Damman (1880-1969)…

Impossible de ne pas voir des similitudes entre le quartier de la Place Brugmann et le « Paris haussmannien ». Rappelons que Georges Haussmann (1809-1891) fut préfet de la Seine entre 1853 et 1870. C’est lui qui dirigea la transformation de Paris sous le Second Empire. D’où cette appellation de bâtiments « haussmanniens » dédiée à de nombreux édifices le long des larges avenues percées dans Paris à l’époque du Baron Haussmann. De Georges Brugmann à Georges Haussmann, il n’y a qu’un pas que je me permets de franchir allègrement…

Paul Grosjean

Chroniqueur historique

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